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Sur-vivre

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Extrait 4

Page 64

    Une collègue de travail, directrice de production, me dira un peu plus tard, en me parlant de cette période, que j’étais devenu un paquet de muscles secs, traversant les plateaux en rongeant ce qui me restait d’ongles, la gueule figée dans un rictus permanent, avec un cortège d’habilleuses ou d’accessoiristes me harcelant de questions auxquelles je n’avais apparemment pas envie de répondre et foudroyant celui ou celle qui insistait trop. Les mots me faisaient visiblement chier, comme s’ils avaient perdu leur vérité antérieure. Elle m’expliquera que je ne voyais pas vraiment les gens. Mon regard cherchait bien au-delà, il cherchait vainement un signe, une preuve, il cherchait l’impossible mais pas le ciel nostalgique et sublime ni le sol attristant, c’était un regard désespéré, un regard de naufragé, droit devant, à ma hauteur, vers une issue à l’horizon. […] Mon rôle me pesait […]. Je luttais seul contre le spectre de l’oubli de l’amour. On pouvait voir à travers mon regard, qui relativisait toute problématique, l’aigreur d’une immense déception. Le monde m’indifférait. Je travaillais parce que c’était la seule chose à faire, sans manifester une quelconque émotion. Les sentiments de l’amour disparus, c’était une part de moi qui s’était échappée à jamais. Tout me paraissait atrocement schématique et surfait. Je n’avais plus goût à grand-chose d’autre qu’au cynisme et à l’amertume. Je n’arrivais plus à faire semblant. Il y avait ce malaise en moi face au calvaire de l’existence, ce malaise de bagnard. Quelques rendez-vous nocturnes, galants et foireux n’y changeaient rien.



 
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