| Sur-vivre |
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C’est tout ce qu’elle trouve à répondre. Quand on perd complètement le contrôle d’une situation, je présume que notre cerveau doit faire un travail de relativisme afin de nous épargner la folie. Elle est devant moi. C’est la dernière fois qu’elle se donne en spectacle pour moi. Elle doit l’avoir à l’esprit et se déplace lentement, de façon si élégante que chaque geste parait calculé pour être empli de grâce. Elle est à peine distraite par ma présence, je suis à moitié transparent, je le serai bientôt définitivement. Quelqu’un me remplacera. Il aura tout le loisir de l’admirer. Je veux toujours mourir. Je me force à ne pas aller vers elle, à ne pas la prendre dans mes bras. Je voudrais qu’elle soit déchirée par la sensation du manque physique comme je le suis. Notre amour ne correspondra bientôt plus à rien et elle attend que je disparaisse avec une indifférence dont elle ne mesure pas la portée. Elle me tuera sans même s’en rendre compte, découvrira d’autres corps que le mien et se trouvera aisément de nouveaux rapports affectifs dans lesquelles elle s’épanouira et m’oubliera. Je m’oublierai tout court, sans passer par le reste, je crois. En quittant l’appartement, je jette un dernier regard, comme s’il allait sceller à tout jamais quelque chose, et je déteste ce symbolisme à la con mais l’occasion ne s’y prête que trop bien alors je regarde une dernière fois cette chambre où j’ai vécu, où j’ai aimé, où j’ai connu le bonheur, vraiment, le bonheur, et je me rappelle qu’une fois elle m’avait avoué m’avoir regardé pendant presque toute une nuit sur ce lit, simplement heureuse de me voir, perdue dans la contemplation de mon visage. En bas de l’immeuble, j’hésite franchement entre partir à droite ou à gauche. Arrivé chez moi, je me rue littéralement sur la drogue. La souffrance amoureuse est un privilège qui n’est pas donné à tout le monde. Il faut de l’argent pour se payer les doses. |
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