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Page 3 sur 3 Chapitre 21
Ils se taisent. Une minute va passer. Ils ne se diront pas un mot. En entrant, il a remarqué la tasse pleine de thé. Le pain beurré posé juste à côté. Les doigts de sa femme pianotaient tout près, à quelques centimètres de la tranche, sur la nappe blanche que fronçait sa main. Un frisson l’a parcouru. Il a tenté de le dissimuler en toussant. Il s’est assis. Il a tiré la chaise avec précaution afin que les pieds ne grincent pas. Il est nerveux. En la découvrant installée à table, imperturbable, le regard fixé sur un point invisible droit devant elle, il a eu un pressentiment. Il se force au silence tandis qu’elle semble perdue dans une profonde méditation. « À quoi donc peut-elle penser ? » se demande-t-il.
Au moment même où son mari s’assoit, où il pose ses fesses crispées sur la chaise qu’il tire à lui. Avec cet air de constipation aiguë qu’il prend les mauvais jours, quand ils n’ont rien à se dire que des méchancetés. Alors que, contrairement à son habitude, il ne lui a pas baisé le front, se penchant sur elle, les yeux mi-clos, une main sur son épaule. Qu’il a pris sa serviette en l’agitant sur le côté, comme si elle lui avait préparé pour son petit déjeuner une serviette pleine de verre pilé. À cet instant précis, sa femme éprouve ce que connaissent sans doute le saint, le fou, le possédé et le criminel : une identification avec son destin. Elle pense : « Tout à présent est lié en une seule fatalité. Ce qui va arriver maintenant est incontournable. Je l’ai décidé. » Elle voudrait que le protocole dominical soit rompu par une décision unilatérale. Ce qu’il appellerait, par dérision, un caprice féminin. Elle se raidit, dans l’attente du premier mot qu’il dira. Cette attente n’a pas de précédent. Plus elle durera, plus elle y prendra goût. Elle observe son mari par en dessous. Elle guette sa réaction. Elle est à la fois fière d’elle et inquiète de ce qu’il peut supposer.
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