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Pour chaque ouvrage, nous vous proposons une fiche complète : un court résumé, des extraits en nombre variable, un aperçu de la couverture que vous pouvez agrandir et un recensement complet des échos de presse dont il a fait l'objet.
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« Le coup de bâton que cet avorton de six ans lui avait balancé, Vlad ne le digérait pas. Il aurait dû adopter une attitude conforme à ce que l’on attend d’un adulte responsable, en gros, passer à autre chose, dépasser sa colère et le ridicule qui s’y attachait. Mais rien de tout ça ne lui effleurait l’esprit dans l’instant, que dalle ! C’était juste un putain de merdeux quoi ! Il avait une furieuse envie de lui apprendre à vivre, à être poli, respectueux des adultes (rien qu’une fois), à ne pas hurler à tout bout champ des insanités pas de son âge, à ne pas s’essuyer les pieds sur les portes, à ne pas gribouiller sur les murs. S’il n’avait été tout nu, si Pipo s’était trouvé face à lui, il l’aurait rééduqué sur place… »
« Je pense sincèrement que le monde n’existe que dans l’exacte mesure où je peux le métamorphoser en mots. Pour connaître son véritable goût, je cuisine cette fricassée verbale sur une feuille chauffée à blanc, tout en l’épiçant de pensées savoureuses et piquantes dont le chant d’amour expulse celui des haines. »
« Laissant libre cours à ma mégalomanie habituelle, je me suis convaincu sans peine que nous subissions, le monde capitaliste et moi, les répliques des mêmes secousses lointaines. La tectonique des économies s’enchevêtrait à celle des sentiments. Mon divorce, mon incapacité à renouer depuis des relations amoureuses normales et la crise des subprimes découlaient d’une cause commune : l’onde de choc des attentats du 11 septembre. »
« J’ai trop parlé. J’ai parlé jusqu’à avoir la nausée. Jusqu’à avoir le cœur au bord des lèvres. Et le plus navrant, c’est que j’ai donné la nausée à ceux qui m’ont écouté. J’ai réussi à les dégoûter du dialogue. La même sensation que lorsque la tête se met à tourner alors que les effets de l’alcool sont loin d’avoir atteint leur paroxysme, et qu’on ne le sait que trop. Quand, sans que la catastrophe soit encore advenue, il semble tout à coup évident que le Rubicon a été franchi, le point de non-retour irrévocablement dépassé. »
« Dorénavant, j’allais devoir passer à la vitesse supérieure. L’aventure m’appelait. Chasse dans la savane. Maigre cueillette. La chaleur. Le paludisme et les crocodiles. […] Au revoir, chalet bien-aimé ! Au revoir, véranda par moi posée ! À la revoyure, chats chéris ! Bye-bye, haies chiantes à entretenir, frigo Brandt gourmand en électricité, poêle à bois vorace et autres filtres cinq et trente microns financièrement cannibales ! Et bon vent à ceux que j’oublie ! »
« Septembre… De gré ou de force qu’ils ont dit ! Ça a été de force… comme un condamné qui va à l’échafaud… Justement ! J’ai toujours trouvé bizarre tous ces types qui montent tranquillement se faire raccourcir sans se rebeller, sans lutter, sans se châtaigner avec le béquilleur ! Mais là, je suis comme eux… résigné.
Renfoncé dans le fauteuil du car qui me ramène dans cette margaille, je tire une gueule de six pieds de long en pensant à tout ce qui m’attend… mouisard, traîne savate, sans compter les sérénades et tout ce tintamarre !… »
« Comment vivent les hommes ?
– Regardez-les par la fenêtre.
– Où vont-ils ?
– J'imagine qu'à cette heure, ils vont bosser ou faire des courses ; Dean, lui, je ne l'ai jamais vu partir au bureau ou au marché, et savez-vous pourquoi ? parce que les écrivains sont les seuls capables d'inventer des existences où on ne part pas travailler chaque matin.
– Nos auteurs travaillent pourtant comme les autres pour écrire leurs bouquins.
– Parce qu'ils n'osent pas vivre comme leurs personnages, mais ils les imaginent, ce qui n'est pas rien. Dans un monde où tous les hommes vont aux mêmes heures aux mêmes endroits, les écrivains montrent des existences qui ignorent nos contraintes les plus communes. Si vous observiez chaque jour le monde par cette fenêtre, vous verriez des centaines de chauffeurs de taxi, de quincailliers, de putes ou de pasteurs, mais vous ne verriez pas un seul Dean Moriarty. Les écrivains proposent d'innombrables vies au public, mais les hommes reproduisent sans cesse le même modèle qui les jette tous les matins dans la rue pour subir des journées prévisibles.
– La littérature ne change pas la vie des gens.
– Elle ouvre pourtant d'innombrables routes. »
« “ Écoutez, je suis le docteur Conan Doyle, un médecin honorablement connu et…
– Vous pourriez aussi bien être l’archevêque de Canterbury, vous n’en serez pas moins jugé comme l’assassin de cette malheureuse. ” En réfléchissant, il faisait sonner quelque chose dans sa poche. Avec une pointe d’ironie goguenarde, il se décida à demander : “ Et pourrait-on savoir, honorable docteur, ce qui vous amène dans les rues de Whitechapel à la nuit tombée ?
« Une fois seul dans la salle d’embaumement, j’en profitai pour l’explorer un peu. Deux marmites attirèrent mon attention. Je soulevai le couvercle de l’une d’elles et ne distinguai tout d’abord qu’une espèce de soupe d’allure consistante. Une tige métallique était posée à côté et je l’utilisai pour sonder le contenu. Un objet dur y était immergé ; d’un mouvement de poignet, je parvins à le faire apparaître brièvement. Un nez surmonté de deux orbites surgirent à la surface de l’épais liquide et je sursautai, manquant de peu de renverser la marmite. »
« Au premier “va”, j’ai marqué un temps d’hésitation. J’attendais la suite. Elle allait s’abîmer dans l’océan de ses pleurnicheries. Elle m’accuserait de tous les maux. Je m’apprêtais à la cueillir au bout de sa critique. Comme on cueille un fruit mûr. Au “te”, j’ai soudain compris qu’elle n’allait pas m’accabler. Plutôt me frapper en plein cœur. Ce serait une de ces phrases blessantes dont elle a le secret. Au “faire”, je savais à quoi m’en tenir. Elle avait investi une telle haine dans ce “faire”. Plus tranchant que le fil d’un rasoir. Au “foutre !”, il s’est passé une chose inexplicable. Une digue a cédé en moi. Mes actes, pendant les deux ou trois secondes qu’a duré cette folie, ont été le fait d’un moi inconnu et dissident. Je me suis vu réagir tout en pensant : “Il est fou !” Je n’ai repris le contrôle de mon corps qu’une fois la chose accomplie. Irréversible. »
« Ce monde autour est bien réel, il a des montagnes tangibles, une place dans un système solaire et une galaxie et moi, au point P, le Vous êtes ici cerclé de rouge sur les plans de villes, je suis presque deux fois plus important qu’une mouche ou qu’une poussière d’antenne de crevette, c’est-à-dire que dalle, et mettre la puissance de mon cerveau au service de mon nombril c’est comme si Dieu s’occupait seulement de sa coiffure et n’assurait pas le service après-vente. »
« Peut-être qu’inconsciemment je me préparais à ce jour. Celui où je serais seul, où je devrais tragiquement faire face à la solitude, du matin au soir, la nuit, faire l’intime expérience de l’exclusion sociale, de la cure d’ennui perpétuel. »
« Sauver qui ? Changer quoi ? Avec mes quinze jours de premiers métros, je me fabriquais des vertiges à la pensée de ceux qui en avaient vingt ou trente ans dans les pattes. […]
La nuit se retirait comme un rideau de théâtre, crasseuse et déchirée. Les pauvres gars qui traînaient encore dans les escaliers du métro en oublièrent de me proposer leur came. La ville, du haut de son lit d’hôpital, s’appliquait à rebouger un membre. »
« Encore un cadavre, et cette fois juste en bas de chez moi. Ça commençait à faire un peu beaucoup de morts pour un seul homme. J’ai quand même fini par appeler les flics. Je voyais mal ce que je pouvais faire d’autre. Les deux types de la dernière fois sont arrivés. J’ai pas eu de mal à les reconnaître. Eux non plus d’ailleurs. Deux morts en une semaine et la même personne qui les trouve, ça devenait suspect. Soit j’avais une baguette de sourcier pour débusquer les macchabées, soit c’est moi qui les butais ! »
« La réalité appelle à nouveau les dieux pour qu’ils refassent le monde, le monde suprême. Le monde veut à nouveau exister, être, c’est bien ce que tu me dis, mon amour ! Nous sommes un monde potentiel, nous pourrions le diriger, dirigeons-nous l’un vers l’autre, unissons nos forces pour foudroyer le monde ancien, démis, disparu. »