La Rue de la soif
Mardi, 29 Mai 2007 18:06
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La Rue de la soif
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Un roman de Grégoire Damon
192 pages; ISBN: 978-2-916236-04-9
La Rue de la soif

« Sauver qui ? Changer quoi ? Avec mes quinze jours de premiers métros, je me fabriquais des vertiges à la pensée de ceux qui en avaient vingt ou trente ans dans les pattes. […]
La nuit se retirait comme un rideau de théâtre, crasseuse et déchirée. Les pauvres gars qui traînaient encore dans les escaliers du métro en oublièrent de me proposer leur came. La ville, du haut de son lit d’hôpital, s’appliquait à rebouger un membre. »

€16.50

 

 

Aube, jeune fugueuse de 17 ans, est recueillie dans leur dérive par deux inséparables qui s’abîment nuit après nuit dans l’alcool pour chasser leurs fantômes : Stroheim, charmeur, poète, provocateur ; et Victor, pianiste mutique et manchot. L’énergie qu’elle va déployer pour les sauver d’un caïd de la pègre locale et sa soif de vivre agiront comme un révélateur sur les êtres qu’elle rencontre : chacun est renvoyé face à sa propre existence, à ses choix, entre rédemption et condamnation.

Dans son premier roman, La Rue de la soif, Grégoire Damon renouvelle les codes traditionnels du roman noir, où le réalisme le dispute à la poésie pour nous envoûter.

 

 

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Le personnage de Vic m’a visité pour la première fois vers le 5 septembre 2001. Dans une boucherie. Le gars sectionnait sa bidoche d’une main experte, et je me suis mis à divaguer : « Tiens, ce serait con qu’il dévie d’un centimètre, l’autre main, celle qui tient le morceau, ça craindrait, surtout si le mec a pour hobby le piano… » Ça a débuté comme ça. Pendant un mois, j’usai mon front hautain en d’austères ébauches, une nouvelle de quarante pages manuscrites (et à la plume ! ce que je pouvais être snob à l’époque) contant l’enfance Victor, l’adolescence Victor, le dépucelage Victor, l’amputation Victor et enfin la clochardisation Victor. C’était un épouvantable mélo, pseudo-romantique et calibré pour choquer le bourgeois (mais le bourgeois de 1920). Je l’ai envoyé fissa à Jean-Noël Blanc qui, avec un sens pédagogique sûr, fut sans pitié. J’ai donc repris mon manuscrit en l’amplifiant. Nouvel échec : personne n’avait besoin de lire Portrait de l’artiste en jeune homme réécrit avec toute la palette des styles d’Ulysse, et comme en sus j’écrivais au fil des chapitre sans savoir où j’allais, le récit tomba en panne après dix pages. Je mis l’affaire en stand-by, et comme je ne faisais plus de musique à cette époque, je n’écrivis plus que des poèmes et des nouvelles.

Or, la poésie, on s’y perd. Quant à la nouvelle, pour une raison inconnue de moi, je ne m’y sens pas à l’aise. Donc, j’ai fait de la merde pendant un an, jusqu’à ce que, en prépa (ô ennui salutaire !) je me remette à la chanson, grâce à l’appui guitaristique de mon colocataire de l’époque. Mais le gars Victor n’avait pas cessé de m’habiter, et il fallait bien lui faire un sort : comme je m’étais mis à l’apprécier, j’ai décidé de ne plus le tuer, et de lui adjoindre Stro, qui dans les versions précédentes était une ombre entr’aperçue au lycée, qui n’avait d’intérêt que ses monologues. L’idée du narrateur féminin me paraissait empêcher toute identification, mais je doute que la ruse tienne bien longtemps.

En réalité, je ne saurais pas dire pourquoi Vic, ou Stro, ou telle ou telle péripétie. Tout ça s’est imposé à moi. Ce que je peux dire, par contre, c’est ce que j’ai essayé d’explorer en suivant ces voies qui s’imposaient : principalement ce qui, aujourd’hui, années 2000, dans une société où on a peut-être moins faim qu’avant, détruit les êtres humains. Comment l’angoisse et la peur de vivre s’insinuent et finissent par prendre toute la place, et comment, pour se fuir, on devient la caricature avinée de soi-même.
Je voulais traquer le conformisme dans lequel on en vient à s’engluer, par l’anticonformisme même. À l’époque, c’était exactement ce que je vivais : j’étais Stro et Vic tout à la fois, et je voulais me libérer de ça, et de mes penchants suicidaires. La littérature est la seule chose qui fasse sens pour moi.
Je préciserai enfin que la majeure partie de ce que je décris me vient du bled natal, et que si j’ai placé l’intrigue à Lyon, mis à part le fait que les pentes de la Croix-Rousse ont un peu l’aspect physique de l’enfer de Dante, c’est pour garder des potes au pays.


Je leur ouvrais les bras, moi, et leurs souffrances me faisaient mal. Aldo, Alban, Albert, les autres, Vic, Stro, Nessun et Marinette, dont les sourires forcés empesaient l’atmosphère ; tous me servaient leurs vies par tranches. Déferlantes de larmes des uns, zones d’ombre des autres : phrases, moments, lieux, des fractions de vies qui défilaient devant moi sans transition. Des fois, j’étais tellement à l’étroit que je suffoquais.

Alors je montais en courant sur la plus haute tour de la basilique de Fourvière. J’arrivais au sommet à moitié morte de fatigue, et tout de suite l’immensité de l’horizon m’éclatait au visage. Le Rhône et la Saône qui se donnent des coups de hanche et qui se réconcilient, là-bas, sur la droite ; la campagne et les monts du Lyonnais qui s’éloignent derrière moi et devant, sans ligne, sans obstacle à leur course, la toile des bâtiments, et puis l’étendue verte qui court, loin, loin, jusqu’à se faire avaler par les vapeurs de bleu. Je m’y jetais en imagination, je m’élargissais jusqu’à occuper tout l’espace, et je hurlais, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que j’aie vomi toutes ces angoisses agglomérées qui ne m’appartenaient pas, qui ne devaient plus m’appartenir, que mon cœur ait repris une taille normale.
Alors, je respirais.


Je vous connais, tous et toutes, par cœur ! Je vous sais, je vous pèse, je vous renifle depuis bien dix-huit mille ans, c’est dire ! Je vous méprise – vous ne valez même pas une angoisse. Vous n’êtes rien – puisque je me vide –, même plus des points noirs de mon imagination ; sortez de cette fange, elle vous fait plus blancs que vous n’êtes. Depuis qu’une raclure de sous-divinité ivrogne a eu la faiblesse de vous rêver, vous me polluez l’inconscient, avec vos chansons, avec vos hanches qui bégayent, avec ces grimaces figées sur vos gueules ! Et si je me réduis à moins que rien, dites ? On vous l’a faite ? Si je me fiche une paire de clous dans la gorge, pariez que je vous verrai doucement crever comme des baudruches ! Je vous aplatirai comme de la vermine – et si vous espérez encore en des cieux je m’agripperai à vos chevilles rien que pour voir la peur vous encacaouter le derrière – je vous verrai exploser avec la balle qui me détruira le cerveau.


Publier des livres, c’est bien, mais ce n’est pas le tout : encore faut-il les faire connaître pour leur offrir la renommée qu’ils méritent. Cela passe non seulement par une communication aussi complète que possible auprès des médias, mais également par la participation à des manifestations telles que salons, festivals et séances de dédicaces.

Voici un aperçu de ce qui a été fait et dit au sujet de La Rue de la soif.

Pour voir les articles dans leur intégralité, cliquez sur le logo.
« La rue de la soif deviendra à coup sûr un classique. » [28 mai 2007]
« La Rue de la soif, c'est évidemment en référence à ces rues qui regorgent de bistrots de nuits. Mais c'est aussi la soif de renouveau, l'état de manque, l'insatisfaction. » [… Un] univers prenant et surprenant. [20 juin 2007]
« En un roman, Grégoire Damon est devenu le garçon le plus prometteur de la littérature indépendante. Nous suivrons son ascension scrupuleusement. » [3 juillet 2007]

« Pourquoi avoir choisi un personnage principal féminin ?
C’est pour éviter l’identification avec moi, pour qu’elle voit les personnages de Vic et Stro avec un regard complètement extérieur, c’était important qu’elle soit une femme pour la façon dont elle fait bouger les choses. Elle est révélatrice des autres, elle se sert de son anonymat et sa fragilité pour en faire une force et surtout c’est quelqu’un qui ne se satisfait pas de cet état de manque et d’enfermement. Malgré tout c’est un personnage maternel.  » [27 janvier 2008 ; interview de Céline Barcelo Gaudry pour Le Bavard. Lire l'interview en entier]

Séances de dédicaces 23 juin 2007, Librairie de Paris, à Saint-Étienne. [lire le compte rendu]
5 juillet 2007, Librairie Passages – 11, rue de Brest – 69002 Lyon.

 

 

Commentaires   

 
0 #4 Lil d-m-Y H:i
Dire que j'ai aimé ce livre serait une litote : La Rue de la soif...se dévore ! À peine le livre fini qu'Aube me manque... Et l'envie de la recroiser au fil d'autres pages... À bon entendeur :-)
Et quel style ! Impressionnée -mais surtout émue" je suis...
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0 #3 Denis d-m-Y H:i
le style d'écriture ne me correspond pas vraiment, c'est trop haché (des phrases sans verbe, beaucoup de points de suspension), bref je me perd et je décroche.
Ce livre a par contre l'intérêt, au moins pour moi, de me montrer des quartiers de ma ville comme je ne les connais pas forcément.
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0 #2 Romain Donofrio d-m-Y H:i
J'ai eu l'occasion de rencontrer Grégoire Damon lors d'une conférence sur les jeunes écrivains où j'étais moi-même invité ; et je dois dire que sa bonne humeur et son charsime m'ont tout de suite impressionnés ... Et c'est cela que j'ai retenu de son roman, une histoire à couper le souffle autant par son originalité que par son rythme , son lyrisme, sa poésie, et son style d'écritue trés personnelle.
En ésperant que nos plumes se recroisent je tire mon chapeau à mon illustre collégue en attendant de visiter la vraie rue de la soif.
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0 #1 Jean luc d-m-Y H:i
J'ai découvert ce roman sur le journal Le Mague et j'ai voulu avoir mon avis popre sur cet auteur si pormetteur d'après le critique . Eh bien je ne suis pas déçu, c'est livre incroyablement réussi à l'écriture implacable !! bravo à l'éditeur et à l'auteur !!
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