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Je leur ouvrais les bras, moi, et leurs souffrances me faisaient mal. Aldo, Alban, Albert, les autres, Vic, Stro, Nessun et Marinette, dont les sourires forcés empesaient l’atmosphère ; tous me servaient leurs vies par tranches. Déferlantes de larmes des uns, zones d’ombre des autres : phrases, moments, lieux, des fractions de vies qui défilaient devant moi sans transition. Des fois, j’étais tellement à l’étroit que je suffoquais.
Alors je montais en courant sur la plus haute tour de la basilique de Fourvière. J’arrivais au sommet à moitié morte de fatigue, et tout de suite l’immensité de l’horizon m’éclatait au visage. Le Rhône et la Saône qui se donnent des coups de hanche et qui se réconcilient, là-bas, sur la droite ; la campagne et les monts du Lyonnais qui s’éloignent derrière moi et devant, sans ligne, sans obstacle à leur course, la toile des bâtiments, et puis l’étendue verte qui court, loin, loin, jusqu’à se faire avaler par les vapeurs de bleu. Je m’y jetais en imagination, je m’élargissais jusqu’à occuper tout l’espace, et je hurlais, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que j’aie vomi toutes ces angoisses agglomérées qui ne m’appartenaient pas, qui ne devaient plus m’appartenir, que mon cœur ait repris une taille normale.
Alors, je respirais.
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