| La Rue de la soif |
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Page 2 sur 5 Le mot de l'auteur
Le personnage de Vic m’a visité pour la première fois vers le 5 septembre 2001. Dans une boucherie. Le gars sectionnait sa bidoche d’une main experte, et je me suis mis à divaguer : « Tiens, ce serait con qu’il dévie d’un centimètre, l’autre main, celle qui tient le morceau, ça craindrait, surtout si le mec a pour hobby le piano… » Ça a débuté comme ça. Pendant un mois, j’usai mon front hautain en d’austères ébauches, une nouvelle de quarante pages manuscrites (et à la plume ! ce que je pouvais être snob à l’époque) contant l’enfance Victor, l’adolescence Victor, le dépucelage Victor, l’amputation Victor et enfin la clochardisation Victor. C’était un épouvantable mélo, pseudo-romantique et calibré pour choquer le bourgeois (mais le bourgeois de 1920). Je l’ai envoyé fissa à Jean-Noël Blanc qui, avec un sens pédagogique sûr, fut sans pitié. J’ai donc repris mon manuscrit en l’amplifiant. Nouvel échec : personne n’avait besoin de lire Portrait de l’artiste en jeune homme réécrit avec toute la palette des styles d’Ulysse, et comme en sus j’écrivais au fil des chapitre sans savoir où j’allais, le récit tomba en panne après dix pages. Je mis l’affaire en stand-by, et comme je ne faisais plus de musique à cette époque, je n’écrivis plus que des poèmes et des nouvelles.
En réalité, je ne saurais pas dire pourquoi Vic, ou Stro, ou telle ou telle péripétie. Tout ça s’est imposé à moi. Ce que je peux dire, par contre, c’est ce que j’ai essayé d’explorer en suivant ces voies qui s’imposaient : principalement ce qui, aujourd’hui, années 2000, dans une société où on a peut-être moins faim qu’avant, détruit les êtres humains. Comment l’angoisse et la peur de vivre s’insinuent et finissent par prendre toute la place, et comment, pour se fuir, on devient la caricature avinée de soi-même.
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