| Entretien avec Le Républicain du 1er juin 2006 |
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PORTRAIT / Le journaliste Stephan Ferry publie son premier ouvrage
Le noir sied à Stephan
Reporter-photographe, Stephan Ferry est Installé depuis 1998 en cadillacais. Agé de 36 ans, ce lorrain d'origine vient de publier son premier livre aux éditions arHsens : 15 nouvelles, on ne peut plus noires rassemblées sous le titre Ordalies.
C'est au zinc du Morrison, que nous avons rencontré Stephan Ferry à l'occasion de la sortie de son premier recueil de nouvelles, Ordalies : un groupe incisif et mordant à l'image de ce jeune « loup-garou » qui a abandonné sa panoplie de reporter pour se transformer en auteur de romans noirs au goût de soufre.
Le Républicain : ordalies désigne les épreuves auxquelles on soumettait les sorcières durant la sombre période de l'Inquisition... Pourquoi ce titre ? Stephan Ferry : C'est une longue histoire !... Disons, pour résumer, que j'ai toujours été attiré par le Moyen-Age: période d'obscurantisme s'il en est une dit on ! Aujourd'hui, dans notre civilisation occidentale, on occulte la mort, on se voile la face devant l'issue fatale, on ne veut pas savoir. Pourtant, tout être humain doit accepter sa fin prochaine. Pour moi, il ne s'agit pas de s'y résigner mais de vivre avec : telle est ma philosophie. J'aime regarder en face ce destin incontournable qui est celui de chacun de nous. Nous devons vivre avec la mort en perspective. Elle est au premier plan. La méritons-nous ? Si oui, qu'elle nous emporte! Sinon, essayons de la repousser comme le faisaient les hérétiques et les sorciers que l'on soumettait à la question et aux épreuves.
Tout cela est bien hermétique ! Votre goût prononcé de mettre le noir en lumière ne peut s'expliquer par votre penchant pour tout ce qui touche au médiévisme. Éclairez-nous ! Vous avez raison ! Voyez-vous, ma carrière de journaliste aux quatre coins de la planète m'a fait entrevoir d'autres perspectives que celles qui sont les nôtres. Après tout ce que j'ai vu et vécu, j'en suis arrivé à considérer que l'humour noir est ce qu'il y a de plus drôle dans la vie. Penchez-vous sur mes nouvelles et vous verrez que si la mort y est omniprésente, elle n'est pas forcément triste. Ainsi, au Moyen-Orient, l'échelle du temps n'est pas la même que la nôtre. Mon passage à la radio Jordanienne m'a appris à relativiser, de même que mon expérience au sein de l'Agence de presse Chine Nouvelle. Rien n'est rose dans ces pays et cependant on vit avec la mort au quotidien. Pas de délectation morose mais le sens des réalités. Après tout, peut-être est-ce que tout simplement j'ai appris à me complaire dans les ambiances brumeuses de ma Lorraine natale que certains considèrent comme lugubres. J'aime l'ombre, le mystère, les ténèbres, les mondes souterrains qui nous permettent de penser que, finalement, la vie sort de ce magma. C'est ce sentiment puissant que j'ai voulu émerger tout au long des 15 nouvelles qui constituent Ordalies.
Après la lecture de ce premier ouvrage on est comme ensorcelé. Mais comment voyez-vous l'avenir ? En noir, bien sûr! J'écris actuellement un roman dont l'action se situe en Béarn. Soutenu par le Centre National du Livre, cet ouvrage traitera des ravages de la peste au Moyen-Age dans un village où règnent les sorcières. Je prépare également une exposition photographique sur les châteaux médiévaux de la Gironde (des clichés en noir et blanc). Enfin, je continuerai à contribuer à,la parution de la revue franco-arabe que rai créée il y a quelques années avec l'aide d'intellectuels jordaniens, dont le titre est En attendant. Propos recueillis par Philippe Beltramo de Corticelle
Une œuvre au noir
Entre Gogol, Ungar et Kafka, Stephan Ferry plonge ses personnages dans un univers où toute idée de compassion est exclue : une vision noire et exempte de pureté partage Grégory Zanotti, l'illustrateur d'Ordalies. Ses encres de Chine accompagnent le texte comme autant de perles noires qui donnent à l'ouvrage un orient de circonstance, puisque c'est en Chine que Ferry a écrit ses nouvelles. Ordalies : une œuvre au noir qui apporte un nouvel éclairage sur un genre littéraire trop longtemps resté dans l'ombre.
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