Comment devenir guerrier Massaï - Extrait 3
Lundi, 10 Janvier 2011 12:13
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Comment devenir guerrier Massaï
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Revue de presse
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Les clochards m’avaient longtemps fait peur. Avinés. Timbrés. Blasés à l’idée de mourir. Rongés par la crasse et les maladies. Maltraités, ignorés. Les poux. Les tiques. La galle. Oui, ils m’avaient fait peur. Je ne les comprenais pas. Plus maintenant. Maintenant, je me sentais proche d’eux. Devenir clochard n’avait rien de honteux. C’était juste l’aboutissement d’un long processus de dégradation, subi dans l’indifférence générale. On devenait SDF avec une facilité déconcertante, parce que la solidarité sociale ressemble à toutes les solidarités. Quand tout va bien, ça roule. Au moindre accroc, on est balancé du navire avec les ordures. Pour voir l’impact que j’aurais sur la pitié ambiante, j’ouvris ma mallette vide devant moi, à mes pieds. Je baissai la tête. En dix minutes, j’avais recueilli un euro trente-trois. Je me demandai si Jean-Antoine, durant sa période de six mois de clochardisation, avait fait mieux en si peu de temps. Avec son chien, je m’imaginais que oui. Je prendrais un chien. Un petit. Qui émouvrait jeunes et vieux. Femmes et hommes. Bébés. Un petit chien équipé d’une bouille trognonne.


C’est accompagné de cette idée que j’entrai au Monoprix où j’achetai, pour la première fois de ma vie, le breuvage des gens de la rue. Une bouteille de Villageoise. Cinquante centilitres. Que j’allai écluser sur un banc place de la République. Empli d’un recueillement novice, je fis sauter la capsule plastique, glissai le nez dans le goulot et reniflai. Ça empestait le vinaigre rance. Le pet. Je portai la Villageoise à ma bouche, m’offris une rasade. Ce vin était dégueulasse, avait le goût de son odeur. Je me forçai à vider la bouteille.

 

Commentaires   

 
0 #5 LZa d-m-Y H:i
Merci infiniment pour ce délicieux moment passé en la compagnie de Gabriel l'apprenti Massaï !
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0 #4 Lil d-m-Y H:i
Il est de ces livres qu'on ne "lâche" pas. Des livres qui, physiquement, s'incorporent au creux des mains, en plein regard comme en plein phare, qui s’immiscent avec délectation et sans invitation si proche d'un ailleurs familier. "Le guerrier" est de ceux-là : des larmes au rire, du sourire aux larmes, l'escale d'un ravissement... Juste merci...
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0 #3 pyrausta d-m-Y H:i
je viens de le finir..c'est vraiment une petite pepite!!
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0 #2 pyrausta d-m-Y H:i
je vais commencer ce livre bientot.
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0 #1 FRADET d-m-Y H:i
Génial !!!!
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