Comment devenir guerrier Massaï Imprimer
Esthétique (inavouée) de la béatitude
Lundi, 10 Janvier 2011 12:13

Un roman d'Éric Gilberh
224 pages; ISBN: 978-2-916236-12-4
Couverture

« Dorénavant, j’allais devoir passer à la vitesse supérieure. L’aventure m’appelait. Chasse dans la savane. Maigre cueillette. La chaleur. Le paludisme et les crocodiles. […] Au revoir, chalet bien-aimé ! Au revoir, véranda par moi posée ! À la revoyure, chats chéris ! Bye-bye, haies chiantes à entretenir, frigo Brandt gourmand en électricité, poêle à bois vorace et autres filtres cinq et trente microns financièrement cannibales ! Et bon vent à ceux que j’oublie ! »

€18.00

 

 

Avoir cinquante ans, ça change tout. Quarante-neuf, passe encore, mais cinquante… À cet âge, la vie devient une chose étrange : on se souvient de ce que l’on aurait aimé accomplir, de celui qu’on aurait aimé devenir. Gabriel Poussin, lui, a quarante-neuf ans, onze mois et trente jours. Entre fiasco professionnel, routine de couple et sentiment d’échec général, il décide du jour au lendemain de tout plaquer. Sa femme, son chalet en bord de Seine, ses bouteilles de vin et ses chats. Et c’est en compagnie du plus improbable des compagnons qu’il va prendre le chemin de ce qu’il s’imagine être la Liberté.

Comment devenir guerrier Massaï est le roman d’une maturité inaccessible. Un périple hilarant mais grave, désenchanté mais féerique avec, en bout de course, une révélation terrible – révélation de celles qui donnent une saveur particulièrement nostalgique à un passé pas si terne que ça (finalement), et un drôle de goût à un avenir pas si prometteur que ça (finalement).

 

 

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« Un assassinat se prépare. Il y aura bientôt deux cadavres. Toi et moi.
– Pas du tout, c’est Jean-Antoine.
– Jean-Antoine ? »
J’appuyai mon nez brûlant contre la vitre glacée. La forme, robuste, la taille, raisonnable, la démarche, chaloupée, plaidaient en faveur d’Henriette. Arrivé sous le porche, ça enleva son couvre-chef en pointe. Et c’était bien lui. Jean-Antoine Barnabé. L’ami d’enfance qui vous colle aux basques tout au long de votre vie. Plongé dans son ombre charismatique de vos huit à vingt-trois ans. Amoindri par son bagout, son aura et sa prestance, vous avez passé quinze ans à vous sentir plus nain qu’un Playmobil, avant de prendre vos distances géographiques. Entre-temps, il vous a piqué trois de vos petites amies et, aujourd’hui, en secret, votre femme en pince pour lui. Elle ne l’avoue pas, mais vous le savez. Fils de pute. Qui vous tape du fric très régulièrement, qui vous embarque dans ses projets à la noix, qui vide votre frigo, vos bouteilles, et considère votre travail comme peanuts. C’était lui. Jean-Antoine Barnabé. L’antéchrist de mon existence bien rangée.

 


 

Armé de ma pelle, mains gantées, je m’attaquai au pelletage à sept heures quinze, alors que le reste de la maisonnée continuait à somnoler. J’étais seul dans la nuit, dans le brouillard. Seul avec mes étourdissements passagers et mes remontées acides dans la gorge. Avec ma fatigue lancinante. Mes coups de pelle morcelaient le silence et le mouvement saccadé de ma lampe frontale aggravait ma gueule de bois. J’avais de la limaille de fer dans le crâne, un goût de plâtre dans la bouche. Ridicule. Presque un demi-siècle et je me battais avec cette saleté, traînant derrière moi les vestiges rances d’un excès crétin de vinasse. Ce n’était pas du tout ce que faisaient les hommes de mon âge. À mon âge, on s’économisait. On se coucounait. On se préparait à une indolence de bon aloi. Moi, j’étais bloqué en plein milieu d’une puberté débile à rallonge. Et ce froid ! Cette glace ! Le frimas ! Les congères ! Je mis quarante minutes à déblayer.

Éreinté, je lançai le moteur de la Volvo. Le jour se levait à peine. La brume environnante se teintait d’un blanc boosté au néon. J’étais emprisonné dans une gigantesque ampoule électrique basse consommation à l’allumage. Phares hurlants, je me coulai dans les deux ornières par moi creusées. Je sortis de la propriété. Arrivé devant le numéro 12, je caressai le volant de cuir et encourageai ma voiture adorée. Royale, elle se hissa sur la coque de glace et slaloma vers la départementale.

À huit heures, je franchissais le pont enjambant la Seine et fonçais vers l’autoroute en direction de Paris. Où mon avenir se trouvait.

 


Les clochards m’avaient longtemps fait peur. Avinés. Timbrés. Blasés à l’idée de mourir. Rongés par la crasse et les maladies. Maltraités, ignorés. Les poux. Les tiques. La galle. Oui, ils m’avaient fait peur. Je ne les comprenais pas. Plus maintenant. Maintenant, je me sentais proche d’eux. Devenir clochard n’avait rien de honteux. C’était juste l’aboutissement d’un long processus de dégradation, subi dans l’indifférence générale. On devenait SDF avec une facilité déconcertante, parce que la solidarité sociale ressemble à toutes les solidarités. Quand tout va bien, ça roule. Au moindre accroc, on est balancé du navire avec les ordures. Pour voir l’impact que j’aurais sur la pitié ambiante, j’ouvris ma mallette vide devant moi, à mes pieds. Je baissai la tête. En dix minutes, j’avais recueilli un euro trente-trois. Je me demandai si Jean-Antoine, durant sa période de six mois de clochardisation, avait fait mieux en si peu de temps. Avec son chien, je m’imaginais que oui. Je prendrais un chien. Un petit. Qui émouvrait jeunes et vieux. Femmes et hommes. Bébés. Un petit chien équipé d’une bouille trognonne.


C’est accompagné de cette idée que j’entrai au Monoprix où j’achetai, pour la première fois de ma vie, le breuvage des gens de la rue. Une bouteille de Villageoise. Cinquante centilitres. Que j’allai écluser sur un banc place de la République. Empli d’un recueillement novice, je fis sauter la capsule plastique, glissai le nez dans le goulot et reniflai. Ça empestait le vinaigre rance. Le pet. Je portai la Villageoise à ma bouche, m’offris une rasade. Ce vin était dégueulasse, avait le goût de son odeur. Je me forçai à vider la bouteille.


Publier des livres, c’est bien, mais ce n’est pas le tout : encore faut-il les faire connaître pour leur offrir la renommée qu’ils méritent. Cela passe non seulement par une communication aussi complète que possible auprès des médias, mais également par la participation à des manifestations telles que salons, festivals et séances de dédicaces.
Voici un aperçu de ce qui a été fait et dit au sujet de Comment devenir guerrier Massaï.

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Un roman d'initiation drôle et émouvant. S'il commence dans un éclat de rire il s'achève sur une sensation poignante d'entrailles tourneboulés et coeur chamboulé. De temps en temps cela fait du bien et s'avère nécessaire. Blog La bibliothèque de Perséphone [mars 2011]
Ce livre est une petite pépite !! […] C'est drôle,enlevé,des éclats de rire fusent… […] Au final un livre qui se dévore et qui, une fois fini, vous laisse un peu orphelin de ce non héros. Blog Le méli-mélo de Pyrausta [mars 2011]
La scène finale est mémorable et bouleversante. Un grand merci à Blog-O-Book et aux éditions ArHsens pour m'avoir fait découvrir cet auteur fabuleux! Blog Read With Me de Mélanie [mars 2011]
Une lecture plus qu'agréable, menée tambour battant. Quand on a commencé , on est vite aspiré dans ce monde mi-figue mi-raisin de la vie d'un anti-héros qui nous ressemble. Babelio [mars 2011]
Excellent titre pour un roman très original, drôle, cynique et attachant. Éric Gilberh nous donne […] sa recette pour transformer en aventurier coureur de brousse urbaine, un hippie velléitaire récupéré par la société qui s’aperçoit un beau jour qu’il a cinquante ans. J’ai reconnu et aimé dans son Gabriel Poussin, un descendant de Tartarin de Tarascon encore plus raté et pathétique que le héros naïf et berné de Daudet. Lisez : Comment devenir guerrier Massaï d’Éric Gilberh, vous ne regretterez pas l’aventure. Blog Le blogue de Tilly [juin 2011]
Éric Gilberh est le gars de l'autre coté de la plume, il la manie avec dextérité, vélocité, férocité; il la trempe souvent dans l'ironie de la vie. C'est une écriture qui jubile et son bouquin se lit d'un seul trait, tel son Gabriel sifflant ses bouteilles millésimées. Blog Les pages du Tchi [février 2012]