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J’ai repris l’histoire que j’avais commencée. Mais c’est plus pareil. Maintenant j’écris pour lui, pour Édouard dont je ne sais pas le nom de famille ; et puis j’écris pour moi, mon nom je le connais, c’est bien ça, pour moi, Édouard Prince.
J’avais commencé par un « Au pied du sommet toujours enneigé du Cotopaxi », à cause de mon côté ethnologue explorateur contrarié. Mais j’ai changé d’avis. Je vais lui raconter une histoire vraie. S’il est comme moi, petit Édouard, il doit être fatigué des souris et des chats humanisés, des chefs vieux et sages aux paroles d’airain ; non, une vraie histoire.
Je vais lui raconter la mienne. Au début j’aurai six ans et je ne serai jamais allé à l’école. Je lui dirai ma première récréation genre le choc ultime incident majeur dans la galaxie, et j’essaierai d’être drôle. Je lui ferai le portrait de ma famille. Il n’y aura pas beaucoup d’efforts à fournir pour caricaturer. Je risque même de m’amuser entre mon père lieutenant de cavalerie qui s’ignore et ma mère sourde et répétitive, montée en boucle, un circuit perpétuel, l’incarnation déchaînée de l’horloge à eau. Et puis il faudra arriver à l’accident. C’est pour ça que je dois être drôle avant parce qu’à un moment, je ne pourrai plus. Dans mon histoire vraie il y a une fin au milieu.
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