À vau-l'eau - Les premières lignes
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À vau-l'eau
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Dans l'ascenseur de l'immeuble B4A, il a laissé tomber les bagages, m'a reniflée et s'est collé à moi. Ainsi poussée, j'ai fini par me retrouver la nuque contre la glace de la cabine. Il m'a embrassée, m'embrasse, m'a embrassée. Il est tyrannique, nonchalant, convaincant, charmant
«Nous arrivons tout de suite. N'aie pas peur. Tu n'as rien à craindre.» Voilà pourquoi je n'ai pas renoncé manque de volonté. Ainsi, je deviens la bonne femme dont il est question.

Comment ? Se laisser faire ? Je n'en sais rien. Comment les manières de ce vicieux ne m'inquiètent-elles pas ? Je ne me rends pas bien compte. A-t-il paralysé mon intuition ? M'a-t-il transformée en une sorte de bonbon à la Semionov ? Je discerne mal. J'ai appliqué la règle de la pitié et des regrets, croyant rendre ainsi justice à un pauvre hère, un malheureux privé de tout - jeté par tant et tant d'événements personnels dans les faubourgs existentiels -, rendre justice à un orphelin de toutes joies, etc. Lui ai-je donné trop de vie et d'âme (utilement) : pour qu'il ne casse pas sa pipe, pour qu'il puisse survivre ? Qui sait, c'est peut-être un pauvre petit chou incompris (comme presque tous les poètes) ?
Oh ho ! Ça ne m'est toujours pas passé ? D'où vient-elle, cette toxine d'homme pour une gentille femme comme moi ? Peut-être me suis-je déchaînée comme une bête en chaleur ? Une expérimentation désespérée ! Parce qu'il me fallait des satisfactions liquides ? Je ne le veux pas ailleurs que chez moi. Non. Noonnn.
Nous nous sommes embrassés jusqu'au troisième étage. Il a fripé, fripe ma robe verte, l'a soulevée, la soulève. La machinerie continue de fonctionner, il reste collé à moi et moi, ça me plaît. Aucune vision claire du péché. Nous montons. J'ai dit en vain que je ne le voulais pas dans la maison d'une autre. Nous montons. Je le veux n'importe où. Nous nous cherchons maladivement. Nous nous rassemblons par gémissements.
Commentaires, gestuelle d'amoureux. Au quatrième étage ma longue robe verte est complètement remontée. Affamé, impatient, il défait mes harnachements, libérant des portions collantes. Les doigts touchent de brûlantes broussailles, des zones emmêlées. Nos cerveaux sont imprécis, rien pour l'écriture ou le dialogue.

« Nous sommes arrivés, mon amour ! Nous sommes à la maison, mon soleil ! » Une porte ouverte, une autre fermée à clé. J'ai mal au ventre. J'ai froid. J'ai froid. Il a deux longues clés argentées. Je suis lasse. Me retrouve dans le sentier d'un appartement en désordre.
Armoires, vêtements, écharpes, ceintures étrangères - suspendues aux portes entrouvertes. Sentes et sentiers en plastique et autres remblais. L'obscurité grouille d'animaux poilus, d'êtres tordus et bizarres provenant d'un conte merdique. Parce que les bruits me semblent techniques, vertigineux, je crie. Ensuite, pendant quelques secondes, je m'assoupis.

 



 

Commentaires   

 
0 #4 Martinez d-m-Y H:i
Bonjour,

Chers éditeurs,

C'est quand que vous publierez un nouveau roman de Rodica Draghincescu?

Cordialement,
Y. M.
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0 #3 Théo d-m-Y H:i
J'ai lu "A vau-l'eau". J'ai beaucoup aimé.

Quel bouquin... Chapeau bas.

Quel talent. Quelle force.

Félicitations à Rodica, bravo à son éditeur.
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0 #2 Coralie Cyra d-m-Y H:i
ce roman est un vrai spectacle. merci de l'avoir édité!

Réponse : merci à vous de l'avoir lu !
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+1 #1 Patrick CINTAS d-m-Y H:i
Histoire d’amour et d’humour. La toile de fond décrit les secrets de Polichinelle de la petite mafia culturelle roumaine et joue pour nous la tragi-comédie socio-politique qui agite les pays de l'Est européen dans nos temps modernes. Les personnages sont criants de vérité. L’amour (d’une femme) traverse le récit dans tous ses états. Récit constamment riche d'observations, de clins d'oeil, de découvertes, d'inventions. Rares sont les romanciers qui, comme Rodica DRAGHINCESCU, peuvent tenir en haleine le lecteur uniquement parce qu'ils ont du style. On se sent la proie d'un grand talent et c'est terriblement agréable. C'est aussi un peu menaçant, mais uniquement de cette anxiété qui s’anime en nous à l’approche d’un univers qui promet de ne pas se faire oublier de sitôt. On ne perd jamais son temps dans ce roman et même, on y gagne une place toute chaude de nouvelles sensations.
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